“Les oiseaux”, “The Birds” est l’un des films les plus connus d’Alfred Hitchcock. Sorti en 1963, ce film d’horreur a marqué l’histoire du cinéma tant par ces effets spéciaux, que par sa bande originale ou son contenu. Le film est également célèbre car il laisse le spectateur sur sa fin. Plusieurs espèces d’oiseaux attaquent le village côtier de Bodega Bay en Californie. Certaines attaques sont vraiment terrifiantes et Hitchcock nous offre des scènes surréalistes et apocalyptiques. Mais à aucun moment l’on arrive à savoir pourquoi les oiseaux se sont mis à attaquer les hommes.
Aujourd’hui les oiseaux ne nous attaquent pas, mais il semblerait bien qu’ils nous menacent. En effet, dans certains cas, ils peuvent nous transmettre le fameux virus H5N 1 de la grippe aviaire qui peut être mortel.
Pourtant si aujourd’hui les poulets effraient le monde, ce n’est pas tant parce que les critiques de cinéma nous rappellent le film d’Hitchcock, que parce que les experts scientifiques se souviennent des ravages de « la grippe espagnole » durant les années 1918-1919. Cette pandémie causée par le virus H 1N1, un virus similaire au virus H5N1 d’aujourd’hui a été l’une des plus mortelle de l’histoire de l’humanité. En un peu plus de dix huit mois, on estime que 50 à 100 millions de personnes sont décédées de la maladie. La « grippe espagnole » a été ainsi nommée car cette pandémie avait reçu plus d’attention en Espagne, pays non impliqué, dans la première guerre mondiale, que dans les pays touchés par le conflit et soumis à la censure. L’Espagne, avec près de 8 millions de personnes infectées, a été l’un des pays les plus touchés par la pandémie. Certains pensent également que la « grippe espagnole » aurait contribué à accélérer le dénouement de la première guerre mondiale. En effet, de 20 à 40 millions de personnes auraient été victimes de la grippe dans les pays touchés par la guerre. C’est davantage que le nombre de personnes tuées durant le conflit. On pense également que le SIDA a tué 25 millions de personnes durant les 25 années suivant son apparition. La grippe espagnole aurait fait autant de victimes en seulement 25 semaines. L’épidémie de grippe espagnole dura environs 18 mois. Mais son impact sur la société fut très important. Les rassemblements publics furent restreints pour limiter les risques de contagion. Les théâtres, les cinémas, les églises et autres lieux publics furent fermés pendant plus d’un an. Des mesures de quarantaine furent mises en place. Dans de rare cas, la population entière de certains villages fut décimée par le virus. On manqua de personnels soignants. Des fosses communes furent creusées et des corps brûlés. La vie économique fut considérablement ralentie. On ne réussit jamais véritablement à mettre au point un vaccin.
Dans ce contexte on peut comprendre l’inquiétude des autorités par rapport au développement de l’épizootie de grippe aviaire. Certes, la pandémie de grippe espagnole fut exceptionnelle, mais aujourd’hui aussi le risque est réel. Des entreprises, comme celle où je travaille, ont d’ailleurs déjà mis au point un plan d’action au cas où le virus pourrait se transmettre d’homme à homme et la pandémie se développerait. Dans le cas où cela arriverait, l’impact dans un monde globalisé comme le notre aujourd’hui serait immense. L’économie, la vie sociale seraient touchées. La coupe du monde de football serait annulée. De manière générale on estime qu’entre un quart et la moitié de la population mondiale serait infectée par le virus. De 1% à 5% des personnes infectée pourrait mourir. Cela représente donc des estimations qui varient de 16 millions à 160 millions de victimes.
Le virus H5N1 actuel est connu depuis 1959, mais l’épidémie débuta véritablement en 1997. Des dizaines de millions d’oiseaux ont déjà été tués. Ce n’est qu’en octobre 2004 qu’on s’aperçut véritablement que le virus était bien plus dangereux que ce que l’on pensait et que les chances qu il mute pour devenir transmissible d’homme à homme étaient bien réelles. D’ailleurs aujourd’hui il semblerait que la vraie question ne soit plus « Le virus va-t-il muter ? », mais plutôt, « quand le virus va-t-il muter ? » et « quelle va être l’étendue de la pandémie ? ». La France et la Bavière se préparent. Mais les mesures actuelles seront-elles suffisantes ?