La voie Royal…. Trivial Pursuit 2006
Dec 15


 D’une certaine manière, 2006 aura été l’année des Russes en Europe. Pour des raisons diverses et variées, la Russie a en effet fait la une des journaux en de nombreuses occasions cette année. Malheureusement pas toujours de manière très positive…


La Russie est-elle vraiment une menace, ou Poutine et les Russes sont-ils simplement incompris ? Intéressons nous aux faits.
 

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Premier point : la politique énergétique de la Russie. On reproche aux Russes, de se réapproprier leurs champs gaziers et pétroliers. On craint qu’ils n’utilisent leurs ressources énergétiques comme moyen de pression économique et politique. Rappelons que la Russie fournit actuellement environs 1/3 du gaz et 20% du pétrole de l’UE25.  La Russie est le 3e partenaire commerciale de l’UE25 après les Etats-Unis et la Chine. C’est un risque. Mais d’un autre coté, l’essor de la Russie repose aujourd’hui essentiellement sur ses ressources minières et énergétiques (80% des exportations dont 60% rien que pour le gaz et le pétrole). D’où la nécessité de développer d’autres industries dans le pays.
 


 
Deuxième point : la politique industrielle de la Russie. La Russie renationaliserait son industrie, regrouperait ses entreprises en vue d’en faire des grands groupes et voudrait utiliser ses excédents commerciaux pour prendre des participations dans des entreprises européennes comme EADS, Deutsche Telekom ou EON ou RWE… Que la Russie réorganise son industrie qui en a besoin c’est normal. Elle n’est pas non plus le premier pays à adopter une politique volontariste : la Chine, la Corée du Sud en son temps sont d’autres exemples. Les pays arabes utilisent également leurs pétrodollars pour faire émerger d’autres industrie et assurer l’après pétrole…


On reproche à la Russie un manque d’ouverture et de réciprocité. Pourtant l’Inde jusqu’à récemment avait également une politique relativement protectionniste pour permettre le développement de son industrie. Même la France encourage ses entreprises à acquérir des entreprises à l’étranger, mais ne tolère pas toujours que des groupes français soient la proie d’OPA…


Troisième point : les relations entre le pouvoir politique et économique. Elles sont étroites. C’est le moins qu’on puisse dire. Mais en France nos élites politiques et économiques fréquentent également les mêmes écoles…Thierry Breton, Francis Mer, pour ne citer que deux exemples récents et connus, ont été ou sont ministres et dirigeants de grands groupes. Ensuite reconnaissons-le : dans un pays qui sort du communisme et d’une économie étatisée, les personnes qui connaissaient le mieux les entreprises et en ont pris le contrôle étaient souvent « membres du parti ». Ne serait ce que par leurs positions, elles étaient les mieux placées et parfois peut être même les plus compétentes.


Quatrième point : les libertés et la démocratie en Russie. La Russie a fait des progrès. Une classe moyenne émerge, les gens peuvent plus facilement voyager, l’église peut à nouveau s’exprimer et une certaine diversité politique existe. Pourtant certains russes préfèrent rester à l’étranger et la Russie ne peut être comparée aux démocraties occidentales. Comme les Américains l’apprennent âprement en Irak actuellement, la démocratie, la fin de la corruption et l’établissement des libertés individuelles et un long processus que l’on ne peut décréter du jour au lendemain… Dans ce domaine, la Russie a elle aussi encore du chemin à parcourir.


Cinquième point : Les millionnaires russes. Ils font la une de tous les tabloïdes, de reportages télévisés et ont même eu leur salon à Moscou. On a souligné que la capitale russe avait désormais plus de milliardaires que New York. Bref, on pourrait presque croire que tous les Russes sont riches !!! C’est loin d être le cas. Le salaire moyen est de US$ 408 dollars. Même ajusté en fonction du pouvoir d’achat on arrive à peine à US$ 740 contre par exemple plus de US$ 3000 en France.


Les Russes sont un peu comme les Asiatiques. Ils aiment les produits flashy et  haut de gamme. Ils s’accorderaient avec Voltaire dans le Mondain lorsqu’il écrit « le superflu, chose très nécessaire ». Ils aiment exhiber. Et comme les Américains, ils n ont pas honte de leur réussite et n’hésitent pas à l’afficher. Maintenant que certaines fortunes aient pu être construites de manière plus ou moins légale ou transparente… il s’agit là d’un autre sujet.


Sixième point : la Russie d’aujourd’hui : un géant aux pieds d’argile. La Russie a certes fait d’énormes progrès ces dernières années.  Entre 1999 et 2005 la croissance russe a été de 6.7% en moyenne. La Russie joue à nouveau un rôle majeur sur la scène internationale.  Le pays a regagné de l’influence au conseil de sécurité des Nations Unies, il vient de rentrer dans l’organisation mondiale du commerce. Il a été invité au sommet du G7 bien que la Russie ne soit aujourd’hui « que » la 10e nation industrialisée au regard de son PIB.


Mais de nombreux problèmes subsistent. En voici quelques exemples. La Russie a un problème démographique. Elle comptait 142 Mio. d’habitants en 2006 contre 145 Mio. en 2002. Elle occupe le 8e rang mondial.
Les niveaux de développement économique sont très inégaux. Moscou  concentre 10% de la population, mais 1/3 du PIIB, St Petersburg suit,  mais certaines régions sont très loin derrière.


 La Russie a également de nombreux problèmes de société : alcoolisme (la consommation d’alcool a augmenté de 45% entre 1989 et 2000 et la consommation d’alcool par habitant est de 60% supérieure en Russie par rapport a l’Europe de l’Ouest), taux de divorce de 50%, écarts de revenus, corruption, dégradation du système de santé….


Et son essors économique est essentiellement basé sur les matières premières et l’énergie (80% des exportations dont 60% pour le gaz et le pétrole).


 Les Russes, comme les Asiatiques ou les gens du Moyen Orient ont une autre vision du monde…Les Russes ont leurs propres problèmes et leurs propres aspirations. Leur culture, leurs intérêts, leurs valeurs et leurs attentes peuvent diverger par rapport à la vision occidentale. C’est pour cela que peut être parfois nos réactions sont disproportionnées.
Tout n’est de loin pas parfait en Russie. De nombreux problèmes existent, mais ce n’est pas forcément parce que les Russes ne font pas ce que nous souhaiterions qu’ils représentent systématiquement une menace.


 
 D une certaine manière il y a un paradoxe russe. Nous pensons qu’ils sont plus proches de nous que ce qu’ils sont réellement et cela nous les rends plus étrangers et les éloigne de nous.


Rappelons également qu’il faut distinguer entre les Russes et la Russie, car si presque tous les Russes aiment leur pays, tous n’aiment pas forcément tout ce qui s’y passe…


Pour ceux qui désireraient mieux comprendre les Russes, « Qui sont les Russes » d’Alla Sergueeva est un livre que l’on peut recommander.  Il permettra de mieux cerner un peuple qui probablement aujourd’hui se cherche encore un peu lui-même…

2 Responses to “Menaces russes ?”

  1. Laurence Says:

    Intéressant, mais je crois qu’il manque un aspect primordial à ton tableau, celui de la mafia russe, qui domine largement l’économie du pays. C’est un danger évident pour l’installation d’une démocratie. Tu écris que les richessese se soient faites proprement ou non, là n’est pas le problème, je trouve que si, justement.

    D’autre part, l’expérience nommée « communisme » n’a pas été sans laisser de traces dans les mentalités, ce qui est tout à fait compréhensible : on ne sort pas indemne du lavage de cerveau. Ce sont plusieurs générations qui sont passées par là.

    Ensuite, les droits de l’homme ne semblent pas vraiment intéresser les dirigeants russes, de fait, où sont passés tous les bonzes du KGB? Ah oui, j’oubliais, et la Tchétchénie? (Danser sur les ruines de Milana Terloeva).

    Quant aux problèmes de l’environnement, n’en parlons pas, on dirait qu’ils n’existent pas. Pourtant, ils sont dramatiques.

  2. Olivier Says:

    C est vrai, c est vrai.. pas facile de tout evoquer en une page…..

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